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Petits questionnements sur les “études du genre”

Le rôle des femmes dans l’ancienne religion familiale est une question largement débattue, spécialement en Israël. Car forçant l’interprétation des textes bibliques, de quelques inscriptions, des figurines « piliers » en terre cuite (pillar figurines en anglais), les chercheurs ont restitué une image assez stéréotypée des genres et de la place des femmes dans la société ancienne. Certains insistent sur l’idée que le culte des déesses était particulièrement important pour les femmes. D’autres pensent que les pillar figurines étaient utilisées essentiellement ou exclusivement par les femmes dans leurs activités rituelles. D’autres insistent sur les profondes différences entre les pratiques religieuses des femmes et celles des hommes anciens. Enfin -comme il fallait s’y attendre- beaucoup de chercheurs pensent que les rites liés à la naissance n’étaient réservés qu’aux femmes.

Figurines piliers – pillar figurines

Quelques articles (par ex. S. Olyan, 2010)1 ont démontré le mal fondé de ces restitutions et ont essayé de questionner les démarches méthodologiques des chercheurs, sans pourtant avoir beaucoup de succès. Il semble bien que même lorsqu’on discute de la place des femmes dans l’antiquité, les problèmes actuels et la place que l’on voudrait donner aujourd’hui aux femmes reviennent dans les restitutions proposées. Force est de constater que les études du genre sont débiteurs des problématiques actuelles, qu’il soit du point de vue ‘machiste’ (femme à la maison) ou du point de vue ‘féministe’ (insistance sur les violences faites aux femmes, physiques ou psychologiques). Dans cette situation, on se demande si les études du genre ne font pas plus de mal que de bien, non seulement car elles aboutissent le plus souvent à des restitutions tendancieuses, voire erronées, mais aussi car en se basant sur le sacro saint passé, on essaie de justifier le rôle mineur des femmes dans notre société, en les reliant toujours à la famille, aux soins des enfants et à la sphère féminine, même dans la religion (cf. le rôle de Marie dans la religion chrétienne) en partant de la préconception que les plus capables de comprendre les problèmes des femmes ne peuvent qu’être des femmes, soient-elles divines ou pas… Il reste pourtant improbable qu’une divinité guerrière et immorale (elle a des nombreux amants, mais pas de mari, pas d’enfants) comme Ishtar puisse avoir été la déesse préférée des femmes, qu’elles soient en Mésopotamie ou en Israël.

  1. S. Olyan, 2010. What we do really know about Women’s Rites in the Israelite Family Context? JANER 10.1: 55-67. []
Laura Battini
Laura Battini
Chargée de Recherche au CNRS (UMR 7192 – PROCLAC, Paris), spécialiste d’architecture et d’iconologie syro-mésopotamienne

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (16 juin 2018). Petits questionnements sur les “études du genre”. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 13 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/b5jm


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