Le Palais Central de Nimrud : le palais “fantôme” et malchanceux de Tiglat-phalazar III
Bon rétablissement Philippe!
L’image de couverture appartient au Polish Center for Mediterranean Archaeology
Après une prise de pouvoir probablement violente, Tiglat-phalazar III (744-727) voulut se faire construire un palais, comme l’avaient fait avant lui le roi Assurnasirpal II (883-854) et Salmanazar Ier (1273-1244). L’idée de construire un palais luxueux venait avant tout du désir de s’éloigner d’Assur, capitale millénaire des Assyriens et siège du temple le plus important, celui d’Assur, et donc aussi du puissant clergé, qui constituait un frein au pouvoir royal. D’autre part, la construction d’un bâtiment permettait au roi de s’élever au-dessus des autres êtres humains et de se relier aux autres grands « créateurs », les dieux.
Voici comment Tiglat-phalazar III décrit son palais dans ses Annales:
“Avec la grande compréhension et la vaste connaissance que le sage des dieux, le prince, le dieu Ea, m’a accordée, j’ai construit à Kalhu1 un palais de cèdre pour ma résidence seigneuriale (…), plus grand que les anciens palais de mes ancêtres. (…) Je l’ai décoré avec de l’ivoire, de l’ébène, du buis, du cèdre, du bois de šurmēnu, du genévrier burāšu et du genévrier qui était un tribut des rois de Hatti et des rois araméens et chaldéens que j’ai soumis avec la puissance de mon héroïsme et je l’ai rempli de splendeur”

Figure 1. “Plan” du palais Central de Tiglat-phalazar III (d’après Barnett et Falkner 1962, fig.2)
Le palais a été redécouvert en 1845 par Henry Layard. La méthode de fouilles de l’époque n’était pas au point : les fouilleurs s’arrêtaient lorsqu’ils découvraient des bas-reliefs, sans s’offusquer d’avoir percé le mur contre lequel ils étaient fixés. De ce fait, le plan de ce palais (Figure 1) qui nous est parvenu est non seulement incomplet, mais aussi incompréhensible : il y a même pas une pièce ou une suite de pièces, on ne peux que localiser les anciennes fouilles de manière approximative. De plus, contrairement au palais nord-ouest de Nimrud, qui a conservé ses reliefs sur les murs, le palais central avait perdu l’emplacement exact des bas-reliefs, puisqu’Asarhaddon, un siècle plus tard, les avait déplacés des murs pour décorer son palais construit à quelques centaines de mètres au sud du palais de Tiglat-phalazar III. Asarhaddon n’a pas achevé ni le palais (appelé par les chercheurs Palais Sud-Ouest) ni ce déplacement des reliefs, comme le montre le fait que certains ont été retrouvés empilés contre le mur. La perte de l’emplacement des reliefs a donc causé des dommages importants lors des fouilles de Layard, qui ont traversé les murs des pièces sans pouvoir être arrêtées par les bas-reliefs. De plus, en perdant le contexte, le lien entre architecture et sculpture est rompu : par exemple, on ne peut pas dire si les bas-reliefs les plus riches en émotions ont été placés dans les parties les plus visibles et accessibles du palais2.

Figure 2. Janusz et son équipe. Janusz est le deuxième en partant de la gauche © Polish Center for Mediterranean Archaeology (d’après https://www.learningsites.com/CPalace_Nimrud/CP_html-pgs/CPalace_genl_html/CPalace_frame-layout.html)
En 1974, un jeune archéologue polonais promis à un bel avenir, Janusz Meuszynski (figure 2), prend en charge les fouilles du Palais central, soucieux d’en améliorer la compréhension. Plutôt que retrouver un palais, Janusz découvre des parties de plusieurs bâtiments, un attribuable à Assurnasirpal II (‘Central Building’), un à Salmanazar III (‘South Building’), un possiblement à Tiglat-phalazar III (‘Late Building’). Il découvre aussi plusieurs sculptures – bas reliefs mais aussi statues (lamassu) -, des seuils sculptés et des inscriptions. Malheureusement, Janusz meurt en 1976 dans des circonstances encore floues, près de Mersin (Turquie), sur la route entre l’Irak et la Pologne, à quelques mois de son trentième anniversaire. Il n’a pas eu le temps de publier ses découvertes, qui feront l’objet d’une publication (très) partielle à titre posthume. Ce palais central de Tiglat-phalazar III n’est décidément pas né sous une bonne étoile !
- moderne Nimrud [↩]
- en revanche, ce lien entre sujets des bas-reliefs et position peut être fait pour les reliefs de Sennachérib : voir Battini 2022 et 2019 ; et aussi pour les reliefs d’Assurnasirpal II et de Sargon II : voir Battini 2019 [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (7 mai 2025). Le Palais Central de Nimrud : le palais “fantôme” et malchanceux de Tiglat-phalazar III. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 17 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13vjm


