Le meilleur endroit est … la maison!
La maison est la forme d’architecture la plus commune et la plus répandue dans les villes mésopotamiennes. C’est le lieu où l’on vit, on naît et on meurt, la première mais aussi souvent la dernière demeure. C’est donc un lieu physique composé de plusieurs pièces mais c’est aussi un lieu symbolique lié à la mémoire des morts enfouis sous son sol et aux rituels qui y sont pratiqués. C’est aussi un lieu d’opposition, entre espaces masculin et féminin, entre maîtres et esclaves, entre parents et enfants. Enfin, c’est un bien économique, qui peut être agrandi, réduit, vendu ou loué.

Types de maison: en haut, maisons à cour; au milieu: maisons linéaires; en bas, maisons tripartites.
Les maisons mésopotamiennes sont construites selon trois modèles, avec des particularités régionales : à cour ouverte ou fermée (appelée dans ce dernier cas espace central), linéaire et tripartite. Ces trois types se distinguent par la circulation intérieure, le nombre moyen de pièces et leur fonction, la surface et le volume. Un petit vestibule mène à la « cour », souvent couverte, d’où l’on accède à toutes les autres pièces : la réception, qui, dans les maisons les plus riches, peut occuper la moitié de la surface du rez-de-chaussée, la cuisine, les réserves, l’escalier et les toilettes construites sous l’escalier. Ce dernier mène d’abord aux chambres du premier étage, réservées aux femmes pendant la journée et aux maîtres de maison et à leurs enfants le soir, lorsque les esclaves dorment au rez-de-chaussée.
Les maisons linéaires sont les plus simples et les plus petites : se composent de trois ou quatre pièces à fonctions vraisemblablement multiples et disposées en enfilade. Il y a peu d’aménagements fixes qui permettraient de reconstituer leurs fonctions. De même, les objets ne sont pas très nombreux, et il s’agit le plus souvent de céramique. Malgré la surface réduite du leur rez-de-chaussée, ces maisons possédaient un escalier menant à l’étage, où vraisemblablement les femmes et les jeunes enfants passaient la journée avant d’y passer la nuit avec le maître de maison.
Les maisons tripartites ont une organisation centripète –comme les maisons à cour- dominée pourtant ici non par la cour mais par une grande salle rectangulaire, utilisé pour la distribution de la circulation et la réception. Comme les maisons linéaires, elles sont plus petites que les maisons à cour et il est tout aussi difficile d’identifier leurs fonctions, à l’exception d’une partie réservée au stockage. A l’étage se trouvait l’espace résidentiel et familial. Les maisons tripartites sont les plus anciennes et n’étaient probablement plus construites au 1er millénaire, contrairement à deux autres types.
Les matériaux utilisés pour construire les maisons dépendent des disponibilités locales : en Mésopotamie, les briques cuites et non cuites sont les matériaux les plus courants. Les murs, construits en briques, sont couverts plusieurs fois dans leur vie d’un enduit qui sert à les protéger et embellit aussi l’apparence de la maison. Les codes de lois précisent l’attention due à l’entretien des murs, sous risque de lourdes peines imposées au maçon. L’épaisseur assez grande des murs sert comme régulateur thermique mais a aussi un rôle essentiel dans la solidité de la construction et pour soutenir un étage. Bois et roseaux sont utilisés pour les battants des portes et des fenêtres, les plafonds et certains meubles. Les sols sont le plus souvent en terre battue, rarement en briques cuites, qui sont en revanche utilisées pour les pièces en contact avec l’eau (toilettes, cour). Tous les mobiliers qui n’étaient pas en briques ont disparu à jamais, mais on peut les imaginer grâce aux textes. Ces derniers évoquent tabourets, escabeaux, chaises, fauteuils, banquettes, lits, canapés, tables, armoires en bois, corbeilles, coffres, caisses en osier et ameublement en tapis et coussins.
Dans l’Antiquité, comme aujourd’hui, la maison était le principal bien économique : elle n’était vendue que sous la contrainte, et donc généralement à un prix inférieur à sa valeur réelle. Le prix approximatif d’une maison peut être calculé en tenant compte des matériaux utilisés (notamment le pourcentage de briques cuites), de la surface, de la main-d’œuvre nécessaire à la construction de l’habitation et des salaires des maçons et du maître d’œuvre. Par conséquent, les plus grandes maisons étaient aussi les plus chères, celles dont la construction était particulièrement soignée, qui conservaient des objets plus précieux et qui étaient souvent construites dans des quartiers « réservés ». Ces riches maisons, au mobilier précieux, peuvent copier le modèle des palais contemporains, ce qui indique le statut sociale élevé de leurs habitants.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (28 avril 2025). Le meilleur endroit est … la maison! Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 11 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13u0t


