Sceaux et iconographie
Les sceaux ont une longue histoire au Proche-Orient ancien : ils sont présents depuis plus de 6 000 ans et couvrent un vaste territoire qui s’étend de l’Iran à l’Arabie saoudite, de la Turquie à l’Irak. Avec la céramique, ils constituent l’artefact le plus nombreux. Mais si la céramique provient de fouilles régulières, la moitié des sceaux proviennent du marché des antiquités, donc sans contexte ni localisation précise. Cela rend la chronologie des sceaux encore plus complexe. On estime à 50 000 le nombre de sceaux-cylindres présents dans les différents musées du monde, auxquels il faut ajouter les 200 000 à 300 000 tablettes portant une empreinte de sceau. La glyptique (= l’étude des sceaux) est devenue un domaine d’étude à part entière.
Au cours de leur longue période, les sceaux ont vu l’iconographie évoluer. Connaître l’iconographie permet donc de dater les sceaux et, par là même, le niveau qui les contenait1 et de les rattacher à une tradition régionale (mésopotamienne, hittite, syrienne, palestinienne, élamite, etc.).

Cachet néolithique (d’après Porada 1993, fig.2)
L’iconographie est également limitée par le type de support : lorsque le sceau est un cachet, l’espace est plus restreint et les thèmes plus limités. Au Néolithique, qui utilise des cachets circulaires ou carrés, les sujets sont géométriques, animaliers et parfois humains. Plus tard, au Ier millénaire, lorsque le cachet reprend de l’importance sur le sceau-cylindre, les thèmes se limitent aux symboles divins ou à une scène de culte d’un symbole divin.

Sceau-cylindre (d’après Porada 1993, fig.1).
Avec l’invention du sceau-cylindre à l’époque d’Uruk (vers 3500-3300 av. J.-C.), l’espace disponible pour la gravure s’est accru et les lapicides ont pu créer des scènes plus complexes et leur conférer un caractère plus narratif2. Les différentes scènes se déroulent sur la même ligne de base ou sur deux ou trois registres différents. Le sceau peut alors être divisé en registres dans son intégralité, ou seulement en partie, et dans ce cas, les scènes sont à échelle réduite. Certains auteurs parlent alors de scène principale et de scènes secondaires, mais ces définitions sont restrictives et établissent une hiérarchie des scènes qui n’existait pas dans l’Antiquité, ou plutôt qui n’est pas au sens où les chercheurs la perçoivent aujourd’hui. En effet, la majorité des chercheurs estiment que les scènes secondaires sont accessoires et qu’une fois la scène principale expliquée, le reste n’a pas d’importance. Pour une véritable intelligence du sceau, il est nécessaire de considérer toutes les scènes représentées et de les mettre en relation : c’est la seule façon de parvenir à une réelle compréhension du sceau.
Certaines régions, comme l’Anatolie (Turquie actuelle), sont restées attachées à la tradition des cachets. À l’époque impériale, les Hittites ont continué à utiliser et à produire des cachets, dont l’iconographie était présente non seulement à leur base, mais aussi sur leurs côtés.
Quels sont les motifs représentés sur les sceaux-cylindres ? Il est difficile de définir des sujets sur une période aussi longue et une zone géographique aussi vaste. De plus, l’analyse iconologique (étude de la signification des images) a longtemps été secondaire par rapport à l’étude iconographique (description des images), l’objectif étant d’établir une chronologie fiable des sceaux afin d’aider les archéologues lors des fouilles. Depuis une quarantaine d’années, la recherche iconologique progresse, mais le corpus est immense et nécessite une connaissance approfondie de la littérature et de la société antiques. Car les sceaux présentent souvent des sujets symboliques. En simplifiant, on pourrait définir trois sujets principaux : 1) les sujets religieux (scènes de présentation, culte de symboles divins, scènes mythologiques) ; 2) les sujets de la vie quotidienne (guerre, prisonniers, maternité, stockage, travaux des champs) ; 3) les sujets symboliques (combat d’animaux, êtres composites, vase aux eaux jaillissantes).
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1)= Scène religieuse du XIIIe s. BCE (d’après Beyer 2004, fig.6); 2) Scène de guerre, vers 3000 ca. BCE (d’après Beyer 2004, fig. 10b); 3) scène symbolique, 1500-1400 ca. BCE (d’après Beyer 2004, fig.6c)
Enfin, une autre piste de recherche concerne la relation entre l’inscription et les scènes représentées. Certains sceaux portaient des inscriptions, plus souvent à certaines époques qu’à d’autres. Mais au moins la moitié (et probablement un peu plus, environs 2/3) des sceaux étaient anépigraphes. L’idée la plus répandue est que l’inscription et l’image ont évolué parallèlement, sans lien réel : l’inscription n’éclaire que très rarement l’image et vice versa. On pense même que le tailleur de pierre gravait l’image puis transmettait le sceau à un scribe qui gravait l’inscription. On pourrait penser que dans certains ateliers provinciaux, les deux figures étaient distinctes. Mais il n’est pas exclu que le tailleur de pierre, qui devait suivre une longue formation, ait également été formé à l’écriture. Au-delà de ce problème spécifique, il me paraît étrange de penser qu’un sceau, choisi par son propriétaire pour son iconographie, n’ait eu aucun lien avec l’inscription… à suivre.
Pour aller plus loin
Beyer, D. 2004. « Quelques réflexions sur les contraintes spatiales et les problèmes d’échelle dans le décor des sceaux du Proche-Orient antique ». Ktèma : civilisations de l’Orient, de la Grèce et de Rome antiques N°29, p. 39-49.
Charpin, D. 1998. « Noms de personnes et légendes des sceaux en Babylonie ancienne », in A.-M. Christin (éd.), L’Écriture du nom propre, p. 43-55, Paris.
Porada, E. 1993. « Why cylinder seals? Engraved cylindrical seal stones of the Ancient Near East, fourth to first millennium B.C. ». The Art Bulletin 75/4, p. 563-582.
- si le sceau n’a pas bougé de son contexte à cause d’animaux ou d’autres phénomènes, comme le creusement d’une fosse ou d’une tombe [↩]
- les sceaux ne se limitent plus à représenter un objet, mais une histoire, dans laquelle plusieurs actions se déroulent [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (26 avril 2025). Sceaux et iconographie. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 16 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13tp0


