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Deux nouvelles découvertes paléolithiques en Irak

 

Hache du paléolithique inférieur retrouvée dans la région d'Al-Shabaka (Irak du Sud) © Vrije Universiteit de Brussel

Hache du paléolithique inférieur retrouvée dans la région d’Al-Shabaka (Irak du Sud) © Vrije Universiteit de Brussel (https://www.heritagedaily.com/2025/02/hand-axes-found-in-iraqi-desert-could-date-from-1-5-million-years-ago/154460)

Dans le désert occidental irakien et plus exactement dans la région d’Al-Shabakah, une mission de la Vrije Universiteit de Brussel et du British Institute for the Study of Iraq a commencé une prospection de surface pour repérer les restes des sites archéologiques du Paléolithique (800 000-12 000 av. notre ère). Le projet est très intéressant, puisque la période paléolithique de la Mésopotamie est très peu documentée, notamment au Sud où avant le VIe millénaire avant J.-C. il n’y a pas eu des découvertes. Le problème est que les sites et les vestiges du sud sont enfouis à une grande profondeur, sous la nappe phréatique et donc sont très difficiles à atteindre.

Au cours du Pléistocène, la région d’Al-Shabaka abritait un grand lac, aujourd’hui séché, et des rivières (wadis). La mission a pu découvrir 850 objets, allant des haches du Paléolithique inférieur (800 000-350 000) aux éclats de réduction de Levallois du Paléolithique moyen (350 000-45 000). De plus, la mission a découvert sept sites paléolithiques dans une zone de 10 km sur 20 km, qui permettront de mieux comprendre l’utilisation précoce des paysages par l’homme et l’évolution de l’homme dans la région. L’un des sites fera l’objet d’une étude systématique.

La mission a essayé de faire bénéficier tout publique de ses nouvelles recherches: à part la participation de trois étudiants de l’université irakienne d’Al-Qadisiyah à la prospection, les membres de la mission ont tenu une conférence dans cette même université, ont participé à un colloque international à Kerbala et ont aussi enseigné dans une école primaire.

 

Vue de l'abri sous roche de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri et M. Jami Alahmadi). Depuis Bonilauri et alii 2022, fig. 2.3

Vue de l’abri sous roche de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri et M. Jami Alahmadi). Depuis Bonilauri et alii 2022, fig. 2.3

Intérieur de l'abri sous roche de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri et M. Jami Alahmadi). Depuis Bonilauri et alii 2022, fig. 2.4.

Intérieur de l’abri sous roche de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri et M. Jami Alahmadi). Depuis Bonilauri et alii 2022, fig. 2.4.

Une autre découverte importante de ces dernières années concernant la période paléolithique est l’abri sous roche de Sarsyan-Rostam Agha, découvert en 2013 lors d’une prospection et sondé en 2018-2019 par une mission française. Comme la grotte de Shanidar, il est situé dans le nord de l’Irak, au Kurdistan irakien, et plus précisément dans le nord-ouest des Zagros.
L’abri est orienté nord-sud, avec une entrée exposée au sud. Au fond de l’abri, trois couches durcies (appelées US 0) contenaient des vestiges lithiques et osseux. En dessous, on a découvert cinq premières couches (US 1 à 5) de quelques centimètres d’épaisseur, perturbées et mêlées à des vestiges modernes et à des vestiges paléolithiques. Ces cinq couches reposaient sur une couche intacte et compacte, riche en vestiges archéologiques (lithiques et osseux), en charbon de bois et en gravier (US 6). Plus de 900 artefacts lithiques, représentatifs d’une industrie basée sur les éclats et principalement attribuables au Paléolithique moyen, ont été collectés sur ce US 6. Les outils sont constitués principalement du silex et un peu de calcaire, les deux présents localement. L’assemblage lithique est bien préservé: absence de microfissures et présence de crêtes et arêtes tranchantes.

Industrie lithique de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri)

Industrie lithique de Sarsyan-Rostam Agha (@ MAFGS / Stéphanie Bonilauri)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est composé principalement d’éclats et petits éclats, puis par d’éclats allongés et de lames, et enfin par de pointes, d’éclats triangulaires et quelques lamelles. Les outils ont été façonnés en suivant plusieurs méthodes de débitage (identifiées par les caractéristiques techniques des produits et les caractéristiques des nucléus) dites Levallois, non-Levallois, et Kombewa. Parfois, les outils viennent de la combinaison de plusieurs méthodes: par exemple, pour faire des éclats de morphologie et de taille variées on a utilisé les méthodes Levallois (centripète, unidirectionnelle et bidirectionnelle) et Kombewa. La plupart des éclats ne sont pas retouchés. Les lames et les éclats allongés sont bien représentés dans l’assemblage lithique et représentent plus de 20 % de la production de supports et sont faites avec la méthode Levallois. Les pointes et les éclats triangulaires sont moins présents: ils constituent environ 9 % de la production. Principalement taillés avec la méthode Levallois. Si certaines de ces pointes ne sont pas retouchées, la plupart l’ont été sur au moins un bord latéral, et souvent sur les deux. L’industrie de Sarsyan-Rostam Agha est dotée d’une certaine stabilité technique et culturelle régionale et est très proche des industries dites de « Moustérien du Zagros », datées de la fin du Paléolithique moyen et bien connues dans les Zagros iraniens (par exemples, les sites de Warwasi, de Bisitun, de Gar Arjeneh).

La prospection de la mission a duré plusieurs années (de 2012 à 2018) et a intéressé les districts de Rania, Peshdar et Dukan, dans le nord-est de Soulaimaniah, Plus de 440 sites archéologiques couvrant toutes les périodes ont été identifiés, et 75 assemblages lithiques ont été sondés. Les assemblages lithiques ont été retrouvés principalement en basse et moyenne montagne, dans ou à proximité de sites de plein air, d’abris sous roche et de grottes. Malgré l’absence d’éléments typo-technologiques et de contextes clairs, certains assemblages semblent du paléolithique moyen ou récent.

La découverte de nombreux sites et assemblages lithiques paléolithiques au Kurdistan irakien comme dans la basse vallée irakienne constitue un élément important pour la compréhension du Paléolithique et des mouvements d’hommes et d’idées au cours de cette période. On commence à avoir faire une idée plus précise d’une époque très lointaine et on espère continuer à accumuler des données.

 

 

Laura Battini
Laura Battini
Chargée de Recherche au CNRS (UMR 7192 – PROCLAC, Paris), spécialiste d’architecture et d’iconologie syro-mésopotamienne

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (6 avril 2025). Deux nouvelles découvertes paléolithiques en Irak. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 13 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13owb


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